En traduction littérale, [kin] veut dire or et [tsugi] signifie réparation ou héritage. Cette technique de réparation s’est développée au Japon au 15e siècle. Son origine exacte reste inconnue. Selon les légendes, un shogun aurait cassé son bol de thé favori et l’aurait envoyé à faire réparer en Chine. Au retour du bol, celui-ci avait été raccommodé à l’aide d’agrafes en métal. Ceci déplut franchement au shogun, qui demanda à des artisans japonais de développer une nouvelle technique plus esthétique. La méthode de réparation du kintsugi était née.
Utilisant comme matière première la laque urushi, les pièces sont réparées de façon à mettre en valeur leur fragmentation. Le kintsugi est en accord avec la philosophie du wabi-sabi. Cette philosophie valorise d’un côté la perfection de la nature et de l’autre, la beauté dans l’usure du temps. En réparant les pièces, cette technique inscrit les cassures dans l’histoire de l’objet et les sublime avec de l’or.
Matériel de réparation kintsugi décomposé
La laque urushi
La matière première utilisée pour les réparations kintsugi est la sève des arbres à laque et s’appelle laque urushi. C’est également la matière utilisée pour l’art du bois laqué. Cette colle et peinture naturelle est une ressource très précieuse. L’arbre à prend en moyenne 10 ans pour arriver à maturité. De plus, chaque arbre ne produit environ que 200 ml par récolte.
La laque urushi est une ressource qu’il faut utiliser consciencieusement.
Les propriétés de cette matière sont assez particulières. Crue, la laque est un fort irritant. En contact avec la peau, certaines personnes développent un eczéma ou plus rarement des réactions allergiques. Il faut alors bien se protéger à l’aide de gants.
La laque a besoin de 70-80 % d’humidité pour sécher et durcir. Les artisans de laque ont des armoires humides appelées [ Muro ], plus ou moins grandes, pour stocker les pièces en bois laqués. En séchant, la laque devient plus foncée et très solide. Cette matière est utilisée depuis le début de la période Jomon (dès 8000 av. JC) et est très appréciée pour ses propriétés antibactériennes.
Arbre d’une culture de laque, par Tomomi Matsusawa.
Le processus de réparation est différent en fonction des réparations nécessaires. En moyenne, on compte environ 3 mois de temps pour ces restaurations. De nombreuses étapes d’application de laque, puis de séchage sont nécessaires pour la finalisation du processus.
La poudre d’or n’est appliquée qu’en toute dernière couche. Le métal est soupoudré sur une couche de laque fraîche dans laquelle il se fixe. Historiquement on utilisait surtout l’or, mais celui-ci peut être remplacé par d’autres métaux comme l’argent, le platine, etc…
Une fois réparées, les pièces restent fragiles et certaines précautions sont à prendre.
L’Urushi ne résiste pas aux grosses chaleurs. Il faut alors éviter l’eau bouillante, le micro-ondes, le lave-vaisselle et le four. Les pièces sont à laver délicatement à l’éponge.
Une particularité est que l’urushi se détériore en contact aux UV. Il ne faut pas exposer une pièce devant une fenêtre où elle serait trop en contact avec les rayons du soleil.
La réparation va se solidifier avec le temps. Il faut utiliser la pièce avec précaution, surtout la première année.
Bols du céramiste Kuriyama, réparés avec différentes finitions comme l’or, l’argent et l’étain.
Quelques-unes de mes réparations :
Deux assiettes chinées au Japon et réparées avec une finition à l’étain.
Bol du céramiste Kuriyama, réparé avec une finition d’étain.
Assiette de la céramiste Florence Mott réparée avec une finition au platine.